Depuis le B&B, traversez le ponte Vittorio Emanuele I et vous êtes déjà dans la Turin du cinéma : dans Fast X, le pont représente une traversée du Tibre. Les places régulières et les arcades ont souvent permis à la ville d'en représenter d'autres. En 1969, les Mini de The Italian Job, avec Michael Caine, ont parcouru Turin jusqu'à la piste sur le toit du Lingotto ; plus récemment, The King's Man a été tourné entre le centre et la Reggia di Venaria.
Au début du XXe siècle, Turin était l'un des principaux centres de la production cinématographique italienne ; aujourd'hui, cette tradition se poursuit au Museo Nazionale del Cinema, dans les festivals et dans les productions qui choisissent ses rues et ses palais comme décor. Vous retrouverez la place des Frissons de l'angoisse de Dario Argento, les édifices du XIXe siècle de La Loi de Lidia Poët et les lieux du Guide astrologique des cœurs brisés.
Depuis le pont, le parcours passe par les Murazzi, rejoint la Mole Antonelliana et continue par les places du centre jusqu'au Quadrilatero Romano. Comptez trois ou quatre heures à pied, sans compter le musée, auquel il vaut mieux consacrer un autre moment. Pour les passionnés de Dario Argento, il y a aussi la Villa Scott, sur les premières pentes de la colline et à peu de distance du B&B, utilisée pour certaines des scènes les plus connues des Frissons de l'angoisse : mieux vaut la visiter séparément. Vérifiez d'abord les modalités d'accès des lieux que vous voulez visiter.
À pied
Depuis le pont Vittorio Emanuele I, vous avez le Pô sous vos pieds, la Piazza Vittorio Veneto devant vous et la colline dans le dos. Il est à quelques minutes du B&B et relie la place de la Gran Madre au centre. Construit à l'époque napoléonienne, entre 1810 et 1813, c'est le plus ancien pont encore existant à Turin.
Son histoire est moins tranquille que le panorama. Un an après la fin de l'occupation française, on proposa de le démolir, parce que beaucoup y voyaient le symbole de la domination qui venait de s'achever. C'est le roi Vittorio Emanuele I lui-même qui s'y opposa, et le pont et la place prirent son nom. Aujourd'hui, c'est l'un des endroits les plus photographiés de Turin : depuis la rive de la Piazza Vittorio, la Gran Madre entre dans le cadre avec le pont.
Dans Fast X, dixième chapitre de Fast & Furious sorti en 2023, il change même de fleuve : pendant la poursuite avec la bombe sphérique, il figure une traversée du Tibre près du Vatican. La production a alterné les tournages à Rome et à Turin, en exploitant la ressemblance de certains décors urbains.
En traversant le pont, vous voyez le fleuve sous un autre angle. Une fois arrivés Piazza Vittorio, vous pouvez descendre aux Murazzi.
Depuis la piazza Vittorio Veneto, vous descendez vers le fleuve et le centre change de visage. Aux Murazzi, vous avez le Po d'un côté et les hauts murs de la ville de l'autre, interrompus par les grandes arcades en pierre. Construites au XIXe siècle pour contenir les eaux du fleuve, les arcades servaient aussi d'abri pour les embarcations. Avec le temps, elles sont devenues des lieux de rencontre, des bars et des espaces pour la musique.
Les Murazzi apparaissent dans Fast X, qui a utilisé plusieurs tronçons des rives du Po pour les séquences d'action. Ce quai fait aussi partie des décors de Guida astrologica per cuori infranti, la série Netflix tirée du roman de Silvia Zucca et tournée en grande partie à Turin. Une promenade ici montre une ville bien différente de celle des grandes places.
À l'intérieur de la Mole Antonelliana, la première chose qui frappe est l'espace au-dessus de la tête : la grande salle centrale permet de voir à quel point l'édifice se développe en hauteur. Le Museo Nazionale del Cinema occupe plusieurs niveaux, avec un parcours qui part des lanternes magiques et des spectacles optiques antérieurs au cinéma pour arriver aux techniques de prise de vue, aux décors et aux effets spéciaux.
Pourtant, la Mole n'avait pas été conçue pour accueillir un musée. Alessandro Antonelli la projeta en 1862 pour une synagogue ; après diverses péripéties de construction, elle fut achevée à la fin du XIXe siècle. Depuis 2000, elle abrite le Museo Nazionale del Cinema, qui figure aussi parmi les lieux de tournage de Guida astrologica per cuori infranti. Si vous voulez voir les collections, consacrez à la visite le temps qu'elle mérite : ce n'est pas une simple halte pendant la promenade.
Au Cinema Massimo, à quelques pas de la Mole, le cinéma ne se raconte pas seulement : il se regarde. Le projet est de l'architecte Ottorino Aloisio et, lors de son inauguration en 1934, il n'avait qu'une seule grande salle. Après les dommages de la Seconde Guerre mondiale et diverses transformations, il a été restructuré et divisé en trois salles.
Aujourd'hui, il fait partie des activités du Museo Nazionale del Cinema et accueille des films contemporains, des rétrospectives, des rencontres et des festivals, dont le Torino Film Festival, CinemAmbiente et le Lovers Film Festival. C'est une étape différente des autres : ici, vous ne venez pas reconnaître une scène tournée dans la rue, mais trouver un lieu où le cinéma continue d'être projeté et discuté. Si la programmation vous intrigue, vous pouvez vous arrêter pour une projection.
Parmi les arbres de la piazza Cavour, avec les façades du XIXe siècle tout autour, on comprend pourquoi la production de La legge di Lidia Poët a choisi cet endroit pour raconter la Turin de la fin du XIXe siècle. Dans la série Netflix, interprétée par Matilda De Angelis, les extérieurs de la demeure de la famille Poët, appelée Villa Barberis, ont été tournés ici. Les intérieurs, en revanche, sont ceux de la Villa San Lorenzo, à Racconigi : à l'écran, les deux lieux deviennent une seule maison.
Les jardins conservent une partie de l'agencement de l'ancien Giardino dei Ripari, aménagé au XIXe siècle sur l'emplacement des fortifications précédentes. Ce sont surtout les façades des bâtiments autour de la place, l'une à côté de l'autre, qui ont permis de recréer l'époque sans reconstruire entièrement les rues en studio.
La façade de Palazzo Carignano semble bouger : elle avance et recule en une succession de courbes concaves et convexes, toutes construites en briques travaillées. Les corniches et les motifs décoratifs sont eux aussi tirés de la brique.
Ce fut Emmanuel-Philibert de Savoie-Carignan qui commanda le palais à Guarino Guarini en 1679. Parmi les décorations extérieures apparaissent des figures stylisées aux coiffes à plumes, qui renvoient aux Amérindiens. À l'intérieur, les pièces s'organisent autour d'un atrium ovale.
Par la suite, le palais a accueilli le Parlement subalpin. Il est aujourd'hui le siège du Museo Nazionale del Risorgimento Italiano, qui conserve la salle de la Chambre des députés inaugurée en 1848.
Du côté opposé, vers piazza Carlo Alberto, la façade change complètement : elle appartient à l'agrandissement du XIXe siècle.
Si vous avez vu La Loi de Lidia Poët, vous reconnaîtrez probablement cette façade : dans la série télévisée, elle représente l'extérieur du tribunal de Turin.
Le tribunal, cependant, a été construit pour la télévision en utilisant des lieux différents. Les scènes d'intérieur ont été tournées dans d'autres bâtiments, dont l'ancienne Curia Maxima et Palazzo Barolo. Palazzo Carignano n'a prêté que son extérieur, sans avoir jamais été réellement le siège du tribunal.
Depuis la place, vous pouvez retrouver le cadrage de la série, cette fois sans caméra.
Piazza San Carlo est le «salon de Turin», comme l'appellent traditionnellement les Turinois. Avec ses larges arcades et ses façades régulières, elle a cet air ordonné qui invite à la parcourir sans hâte.
Elle fut conçue par Carlo di Castellamonte et sa réalisation commença en 1637. Sur le côté sud se trouvent les deux églises jumelles de San Carlo Borromeo et Santa Cristina ; la façade de cette dernière fut conçue par Filippo Juvarra et réalisée entre 1715 et 1717.
Au centre de la place, le monument équestre du XIXe siècle de Carlo Marochetti représente Emmanuel-Philibert et rappelle la victoire de Saint-Quentin en 1557. Pour les Turinois, c'est simplement 'l caval 'd brôns, le cheval de bronze.
Dans le film Fast X, sorti en 2023, piazza San Carlo a joué le rôle d'une place de Rome. Pendant le tournage, en 2022, c'est ici qu'a été filmée la scène où un camion libère la grande bombe sphérique destinée à traverser les rues de la capitale.
Au montage, les images turinoises ont été associées à celles de piazza del Popolo. Les deux églises côte à côte ont contribué à rendre la substitution crédible.
Si vous vous souvenez de cette séquence, cela vous fera un certain effet de retrouver la place dans sa tranquillité habituelle.
Derrière les deux églises de la piazza San Carlo se trouvent les fontaines de la piazza C.L.N. ; le Blue Bar de Profondo rosso, en revanche, n'existe plus. En réalité, il n'avait jamais été un vrai bar : pour le film de Dario Argento de 1975, on a construit un décor inspiré du tableau Nighthawks d'Edward Hopper. C'était le bar où Marc Daly, le pianiste protagoniste, rencontre Carlo. D'autres séquences du film ont aussi été tournées sur la place.
Le reste du décor est encore reconnaissable : l'aménagement rationaliste des années 1930, les façades des bâtiments et les deux grandes fontaines qui représentent le Po et la Dora Riparia, œuvre du sculpteur Umberto Baglioni. Le Blue Bar a disparu après le tournage, mais on peut retrouver les scènes même sans lui.
Certaines des salles du tribunal que vous voyez dans la série La legge di Lidia Poët sont en réalité des pièces historiques du Palazzo Falletti di Barolo, dans le Quadrilatero Romano. Pour reconstituer ces intérieurs, la production a aussi utilisé l'ancienne Curia Maxima de la via Corte d'Appello.
Le palais est une résidence nobiliaire de la fin du XVIIe siècle, liée à la famille des marquis de Barolo. Au XIXe siècle, il fut la demeure de Tancredi et Giulia Falletti, connus pour leurs initiatives philanthropiques, et il accueillit aussi l'écrivain Silvio Pellico. Ici, les pièces aristocratiques que le cinéma et la télévision utilisent pour raconter la Turin du XIXe siècle peuvent se voir de près. Contrairement à de nombreux bâtiments privés utilisés pour les tournages, le Palazzo Barolo a en effet des espaces visitables, selon les modalités d'accès prévues par l'institution.
La Villa Scott ne se laisse pas voir d'un seul coup. Depuis la rue, au-delà de la clôture, on ne peut saisir qu'une partie du mouvement des différents corps de l'édifice, entre loggias, tourelles et bow-windows. Le projet date de 1902 : Pietro Fenoglio, avec la collaboration de Gottardo Gussoni, l'a conçue pour Alfonso Scott, entrepreneur de l'industrie automobile turinoise. Sur les premières pentes de la colline, la villa s'insère dans le jardin et dans le paysage, avec un plan articulé, des verrières, des décorations florales et un escalier sinueux menant à l'entrée principale. À côté du Liberty apparaissent des références néo-rococo. C'est une propriété privée, qui ne se visite normalement pas : le regard doit s'arrêter à ce qui apparaît au-delà de la clôture.
Ceux qui ont vu Les Frissons de l'angoisse de Dario Argento, sorti en 1975, reconnaîtront la « Villa de l'enfant qui hurle ». Dans le film, le protagoniste Marc Daly explore l'édifice et découvre, sous une couche d'enduit, un dessin important pour résoudre le mystère. La villa est en dehors du parcours cinématographique du centre historique, mais depuis notre B&B vous pouvez la rejoindre par une promenade en montée, même comme visite à part entière.
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